
Un microstent révolutionnaire contre le glaucome
Le glaucome est une maladie oculaire qui vole progressivement la vue de celles et ceux qui en souffrent… Les traitements actuels – collyres, lasers, chirurgie – tentent de ralentir la progression de la maladie. Des chercheurs viennent de mettre au point une nouvelle approche : un microstent innovant, à peine plus épais qu’un cheveu, qui pourrait transformer la prise en charge du glaucome.
Dans le glaucome primitif à angle ouvert, la forme la plus fréquente, l’humeur aqueuse – ce liquide clair produit en continu à l’intérieur de l’œil – ne s’évacue pas correctement. Cela augmente la pression intraoculaire (PIO) et finit par endommager le nerf optique. Sans traitement, le champ de vision se réduit progressivement. C’est d’abord la vision sur les côtés qui est touchée, puis, si rien n’est fait, la vision centrale peut finir par disparaître, conduisant à la cécité. Les collyres diminuent la production de liquide ou facilitent son évacuation. Mais ils ne sont pas suffisamment efficaces chez certains patients, quand d’autres cessent de les utiliser. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette non-observance thérapeutique. L’une d’entre elles, c’est que le glaucome évolue sans symptômes perceptibles pendant longtemps. Le patient ne ressent aucune amélioration après l’instillation du collyre et peut avoir l’impression que le traitement est inutile. Or, quand on ne « sent » pas les effets de la maladie, il est difficile de rester rigoureux sur un traitement quotidien, parfois à vie. Les options chirurgicales classiques, bien que souvent efficaces, peuvent quant à elles entraîner des complications comme des infections, une inflammation ou une cicatrisation qui entrave le drainage de l’humeur aqueuse… et donc, diminue l’efficacité de la chirurgie.
Un microstent déployable pour libérer la pression
Les microstents sont des implants minuscules insérés dans l’œil pour créer une voie alternative d’évacuation de l’humeur aqueuse. Ils font ainsi baisser la PIO. Ils sont déjà utilisés dans des chirurgies mini-invasives du glaucome. Mais des chercheurs de l’Université d’Oxford, de l’Université de Pékin et du Moorfields Eye Hospital, viennent de développer un microstent pas comme les autres. Avec un diamètre d’environ 0,2 millimètre et une longueur de 6 millimètres, celui-ci peut être chargé dans une fine aiguille et introduit dans l’œil via un geste très précis et peu invasif. Il est fabriqué à partir de nitinol, un alliage de nickel et de titane biocompatible, déjà utilisé en cardiologie. Il a plusieurs atouts par rapport aux microstents déjà sur le marché. Quand on fait une chirurgie classique, on crée un nouveau passage pour le liquide. Mais l’œil cicatrise naturellement. Avec le temps, les tissus se recollent, se fibrosent et le passage se bouche. Résultat : la chirurgie peut perdre de son efficacité. Rien de tout ça avec ce microstent innovant. Une fois placé dans l’œil, il se déploie spontanément dans l’espace suprachoroïdien – un espace très fin entre la sclère (le blanc de l’œil) et la choroïde (la couche vascularisée qui nourrit la rétine). Il agit comme une « cale » microscopique, empêchant les deux tissus de se refermer l’un contre l’autre. Il maintient donc un petit espace ouvert en permanence. Grâce à cela, le liquide ne s’accumule plus, la pression intraoculaire diminue et, surtout, le drainage reste efficace dans le temps.
Des résultats précliniques encourageants
Les premières études sur des modèles animaux confirment le potentiel du dispositif. Sur des yeux porcins, le microstent a réduit la pression intraoculaire (PIO) en moyenne de 25 à 30 % par rapport aux valeurs initiales. Chez le lapin, la PIO a chuté jusqu’à – 43 % en phase précoce. Elle s’est ensuite stabilisée autour de – 25 % après 28 jours. Aucune complication grave n’a été relevée pendant ce laps de temps. Ces résultats suggèrent que ce dispositif pourrait être plus efficace que certains implants traditionnels, tout en limitant l’inflammation et la fibrose, deux des obstacles majeurs à la durabilité des solutions actuelles. Les travaux des chercheurs ont été publiés dans la revue The Innovation (Cell Press)* en avril 2025.
Vers des essais cliniques chez l’humain
S’appuyant sur ces données, l’équipe de recherche envisage désormais des essais cliniques chez l’humain pour évaluer la sécurité, la tolérance et l’efficacité de ce dispositif chez des patients atteints de glaucome. Si ces essais confirment les performances observées en laboratoire, ce microstent pourrait devenir une option innovante pour des milliers, voire des millions de patients, renforçant la panoplie des traitements peu invasifs contre le glaucome. L’enjeu est de taille. Plusieurs millions de personnes vivent avec une déficience visuelle due au glaucome. Beaucoup d’entre elles pourraient être protégées si la pression intraoculaire était contrôlée de manière efficace et durable, limitant le nombre de cas de glaucome. L’Organisation Mondiale de la Santé souligne l’importance d’innovations thérapeutiques plus sûres et plus efficaces face à cette maladie silencieuse. Dans ce contexte, le développement de microstents adaptés à l’anatomie de l’œil et limitant les échecs liés à la cicatrisation constitue une avancée vers une chirurgie du glaucome moins invasive et plus fiable.
* https://www.cell.com/the-innovation/fulltext/S2666-6758(25)00138-9